Samedi 19 décembre 2009
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Revue de presse - extrait de la Voix du Nord du samedi 19 décembre 2009.
Le glacial Yalta du climat aboutit à un accord douloureux
samedi 19.12.2009, 05:04 - À COPENHAGUE, PAR OLIVIER BERGER
Le président américain Barack Obama et le président brésilien Lula ont mené d'intenses négociations, pour un résultat... mitigé. PHOTOS AFP
| SOMMET DE COPENHAGUE |
La conférence climat de l'ONU s'est métamorphosée hier en un gigantesque et interminable bras de fer géopolitique à Copenhague. Une nuit et une journée de réunions
tendues ont enfin abouti à un accord après 22 heures. Certes, on est loin des ambitions initiales. Mais ce Yalta de la Terre a minima a le mérite d'engager tous les pays.
Dans la douleur, l'incompréhension et l'absence de vision collective, les principaux leaders de notre pauvre planète déréglée ont débattu sans relâche. Ce
« G28 du climat », censé remettre d'aplomb en 24 heures la conférence de Copenhague, a pris le pas sur l'ordonnancement lourdaud et improductif des Nations Unies. C'est triste pour la
communauté internationale, devenue expression désuète.
Le Bolivien Evo Morales peut bien appeler « à un référendum de tous les peuples du monde s'il n'y a pas d'accord ». L'enjeu climatique finit d'achever
l'ONU. On ne distingue plus que son spectre. Oui, il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark. Après tout, Elseneur, le château d'Hamlet, n'est qu'à une cinquantaine de
kilomètres.
Mais le pragmatisme du battant Sarkozy et du « sauveur présumé » Obama n'est pas non plus une garantie inoxydable.
La preuve en cette journée interminable, ponctuée de va-et-vient incessants entre les délégations, entre Obama et le Premier ministre chinois Wen Jiabao, entre les
Européens qui ont tout fait pour arriver au compromis et éviter un clash désastreux.
La fumée blanche, âcre forcément, est apparue au-delà de 22 heures, sous la forme d'un texte de douze paragraphes longuement discutaillés et pesés. Les Européens
n'ont pas réussi à imposer une réduction globale de 50 % des émissions de gaz à effet de serre en 2050. Les Français n'ont pas vendu la création d'une organisation mondiale de l'environnement
(elle sera européenne).
Cet accord, qualifié de positif par Nicolas Sarkozy « car il engage toute la communauté internationale » (lire ci-dessous), est loin des intentions de
départ. On conserve l'objectif de limiter le réchauffement climatique à 2°C. S'il n'y a pas de chiffre collectif de réduction, chaque pays devra, d'ici janvier, livrer par écrit dans une annexe
de l'accord ses objectifs d'émissions. Il publiera ensuite chaque année ses propres résultats. Un groupe de haut niveau sera chargé en 2010 de mettre en place un mécanisme de financements
innovants (taxes sur les transactions mobilières, sur le trafic maritime). L'aide aux pays pauvres part sur 10 milliards de dollars annuels jusqu'en 2012 puis 100 milliards d'ici 2020 (20 %
allant à la déforestation et 40 % à l'Afrique, idée de Jean-Louis Borloo, debout 36 heures à Copenhague).
Voilà, cet accord, acquis dans la douleur malgré les oppositions chinoises, indiennes et les chiffres timides américains, il faudra bien s'en contenter.
Yann Arthus-Bertrand, l'auteur de Home et d'un nouveau documentaire gratuit, Climate voices, déambule dans les couloirs ses 63 ans sages mais déçus : « On
attendait trop de Copenhague. Je suis arrivé avec tous ces jeunes à sac à dos, qui ne savaient pas où dormir. Ça te donne la pêche. Et puis, tu arrives là et ça te plombe. Copenhague, c'est le
symbole de la fatalité. C'est presqu'une défaite spirituelle. On aurait besoin d'un guide, d'un messie, d'un Gandhi qui te donne envie de le suivre. » Il n'était pas à Copenhague. •