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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 07:21

Jean-Louis Borloo attaque le sommet de Copenhague par la face nord

vendredi 04.12.2009, 05:03 - PAR OLIVIER BERGER

PHOTO DIDIER CRASNAULT.
PHOTO DIDIER CRASNAULT.

| INTERVIEW DU MINISTRE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE |

Volant de Pékin à Addis-Abeba, à Moscou encore aujourd'hui, Jean-Louis Borloo s'est lancé à fond dans la bataille pour la planète qui se jouera à Copenhague. Il a fait escale une heure hier au forum de la presse quotidienne régionale. Épuisé mais bouillonnant malgré les incertitudes sur l'issue du sommet.

 

- Vous sillonnez le monde pour convaincre. Trouvera-t-on un terrain d'entente à Copenhague ?
« C'est assez lourd de trouver une position, une dynamique de groupe de 192 pays. Mais nous nous réunissons pour rien moins que sortir de l'irréversible et bâtir un monde nouveau et meilleur. Il faut à la fois adresser un signe clair, précis, identifié, chiffré d'une trajectoire économique sobre en carbone, de l'ordre de 25 à 40 % selon la feuille de route de Bali, rendre la croissance des grands émergents compatible avec l'intensité carbone et trouver la méthode et le financement pour aider les 1,2 milliard de concitoyens du monde déjà violemment impactés par le chaos climatique et qui sont d'une extrême pauvreté. Ce n'est pas une affaire simple. »

- Le financement des pays vulnérables par les plus riches est-il un objectif réaliste ?

« Le dernier thème devra être comment on s'organise car le sujet est d'une extrême complexité quand on entre dans les détails. Il faut le simplifier à outrance pour y voir clair. C'est un projet extraordinairement enthousiasmant, la probable redéfinition des enjeux économiques, des régulations financières. Dans Copenhague, il y a un Pittsburgh 2 (le G20 de septembre sur la finance), ça va très au-delà du climat. »

- Comment éviter l'échec à Copenhague ?
« Il nous est apparu il y a un an que les risques que cette réunion soit celle des postures et des malentendus étaient extrêmement élevés.

On comprend qu'un changement de modèle provoque des a priori. Au Grenelle, le résultat a été évident quand on s'est mis au travail. Le paquet climat-énergie de l'Union européenne de décembre 2008, au fond, personne n'en voulait. Il a fallu aller voir chaque pays et les convaincre que l'Europe prenait ainsi un tour d'avance, même avec un peu de contraintes. Comment faire à 192 avec des degrés de richesse, d'angoisse, de latitude, de longitude, de modèles économiques, politiques différents ? Il fallait sortir de la rhétorique, de la mise en accusation, à juste titre, des pays industrialisés et de la demande de dommages et intérêts des pays du Sud. Il fallait refaire comme au Grenelle, comme lors de l'accord européen : y passer du temps. Pas avec des négociations à 180 mais aller dans chaque pays pour comprendre chaque problématique. Ensuite, le bouleversement heureux qui peut arriver à Copenhague doit être mené par les patrons, les chefs d'État, contrairement à Kyoto, Bali et Poznan. »

- La Chine commence à infléchir sa position...
« La Chine n'a pas d'autres stratégies possibles que la maîtrise de son intensité carbone. Celui qui saura gérer ça sera la première puissance du monde. Elle ne peut rester l'atelier à bas prix du monde. Les pays industrialisés ont aussi un intérêt majeur que les pays vulnérables aient une croissance. C'est la relance possible d'un Occident épuisé dans ses stratégies. »

- Il existe un obstacle majeur, la réticence des États-Unis, déjà non signataires à Kyoto...
« Les États-Unis, c'est 23 tonnes de CO2 par an et par habitant, trois fois la France, six fois l'Inde et quarante fois un pays africain.

En même temps, ce sont les plus belles universités du monde, la recherche, le green-business ! C'est très étrange la perte de confiance de l'Amérique, l'impossibilité de cette grande démocratie à sortir de l'impasse, alors qu'elle a élu un président qui a mené en partie campagne là-dessus. Quand on propose pour 2020 de passer à 22 tonnes, c'est une performance d'une faiblesse insigne. Si les Américains ont besoin de temps, de flexibilité sur les chiffres, ça se discute. Mais on ne peut pas à la fois ne pas être là le bon jour (Obama passera à Copenhague le 9, pas le 17-18 pour la conclusion), avoir des objectifs en dessous de Bali et ne pas proposer un dollar pour les très vulnérables. »

- Pourquoi la France se met-elle autant en avant ?
« Je vous rappelle que la France est en avance, le Grenelle, c'est 220 mesures. On avait des retards, on a loupé des filières... Aujourd'hui, la France est à la croisée des chemins de tous les grands enjeux du XXIe siècle : la gestion des espaces naturels, le génie énergétique, le bas carbone, l'eau. »

- Le plan justice-climat que vous défendez peut-il aboutir ?
« Il sera introduit d'une manière ou d'une autre. À mon sens, c'est une condition d'un accord à Copenhague. Petit à petit, ça se diffuse. »

- Faut-il attendre une déclaration politique ou chiffrée ?
« Ni l'un ni l'autre. Après Copenhague, on n'aura pas de modalités. Il faudra négocier pays par pays, financement par financement, presque CO2 par CO2... Ça sortira comme ça sortira mais il faut que ce soit les « tauliers » (sic) qui s'engagent. On risque l'évitement, une déclaration, 2050, machin... mais j'ai l'intuition qu'on peut expliquer que tout le monde est gagnant. Je crois qu'il y a un chemin. Il y a un vrai débat avec les Anglo-Saxons. Pour eux, le marché y pourvoira. Nous, on pense que c'est faux. Cette bataille culturelle avait été perdue à Kyoto. » •

Par Guillaume Lesourd
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